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Infos diverses

Le voyage de Romane, de l’Alsace au Portugal, Lettre n°32

du 17 au 23 décembre

-     Mardi 17 décembre

 

Seulement 5km nous séparaient de Casar de Caceres où nous trouvons une petite boutique de bons produits locaux. La boulangère nous offre son pain et un couple de commerçants quelques délicieuses olives avant de nous rejoindre dans la rue pour se prendre en photo avec les chevaux.

Lorsque le soleil grimpe au plus haut dans le ciel la température atteint 20°C ! L’amplitude est déconcertante puisque nous levons le camp avec gants, écharpes, bonnets et multiples couches que nous retirons au fil des heures et remplaçons par une paire de lunettes de soleil.

Une bonne dizaine de kilomètres plus loin nous entrons dans la ville de Caceres. Celle-ci nous paraît sans charme et toutes les rues sont bondées de circulation. Nous dénichons rapidement una tienda ecologica pour refaire le plein. Alors que nous savourons la petite friandise figue-chocolat que la vendeuse nous a offert, paisiblement assis sur les marches de son magasin devant les chevaux bien occupés à tondre le petit carré d’herbe ; la guarda civil se pointe pour nous informer que nous sommes ici en infraction. Sourire aux lèvres face à ses visages de glace, je défends en toute innocence notre droit et surtout la nécessité de faire nos courses ! de leurs dents qui ne se desserrent pas ne sortent que les mots : INTERDIT, CHEVAUX INTERDIT, CAMPER INTERDIT… je m’efforce à garder la positive attitude de bavarde autant que possible dans l’espoir de voir l’humain sortir de son armure de pantin entêté mais en vain. Ils réclament mes papiers et demandent quels sont mes antécédents judiciaires !! J’en profite pour parler de mes bons rapports avec les représentants de l’autorité et insiste sur l’aide que la police d’Avila a déployé à notre égart…

Si rien ne parvient à détendre leur moue colérique, tant pis nous étions sur le point de quitter la ville. Pour cela il nous faut longer une route très fréquentée et comme si notre condition ne s’était pas suffisamment dégradée, il se met à pleuvoir avec force. La nuit menace de nous mettre hors de la visibilité des conducteurs, c’est pourquoi nous ne tardons pas à demander l’hospitalité de bergers apparemment riches propriétaires. Ceux-ci nous refusent poliment tout, pas même une place parmi les moutons pour nous abriter de la pluie. Comme tous les espaces alentours sont clos et pâturés, nous attachons les 4 chevaux sur une large bande d’herbe au bord de la route. Nous profiterons d’une accalmie pour dévorer les pâtes du réconfort tandis que Nico épuisé se réfugie dans sa tente sans rien avaler…

 

 

-     Mercredi 18 décembre

 

La pluie n’a pas cessé et Nico n’a pas pût fermer l’œil à cause du passage bruyant des voitures à quelques mètres de nous. Nous comprenons que nous n’avons pas emprunté la bonne direction et rejoignons notre Canada qu’à l’heure du déjeuner. Nous parcourons encore 15km à travers d’immenses pâturages affreusement plats, sans arbre et sans aucune variation. Il n’y a aucun relief à l’horizon… entre deux averses, nous sortons les bouquins et lisons sur Pequeno ou bien en marchant…

Il fait déjà bien sombre quand nous atteignons la rivière, par miracle celle-ci est bordée d’une forêt d’eucalyptus qui alimentera notre feu. De plus, l’herbe grasse abonde de part et d’autre de la rivière. La pluie continue de nous menacer mais nous ignorons les quelques gouttes qui nous effleurent puisqu’elle ne nous empêche pas de sécher le linge à l’aide de bâtons maintenus au-dessus du feu.

 

 

-     Jeudi 19 décembre

 

Au réveil, première pensée : les chevaux sales ce n’est pas supportable ! Il fait nuit et la fine pluie n’a pas cessé… peu importe, Marlène et moi quittons sans plus tarder nos sacs de couchage et courrons en quête d’un petit espace d’eau sans algue pour nous y laver entièrement. Nous partageons ensuite le petit-déjeuner sous une pluie de plus en plus intense. Lorsque nous entamons la marche les chevaux avancent en crabe avec l’encolure courbée pendant que nous nous enterrons dans nos capuches pour se protéger du vent qui balaye violemment les trombes d’eau. La pause de midi se transforme en atroce misère quand les nuages reviennent à la charge entre deux tartines, la pluie parvient même à m’ôter la saveur du fromage de chèvre tant elle m’exaspère.

Je décroche le téléphone : Paulo le compagnon portugais de Glwadys souhaite savoir précisément où nous nous trouvons mais ne dit pas grand-chose de plus… a notre grande surprise, lui et un ami nous attendent à l’entrée de Pueblo de Obando avec une bouteille de Porto à la main. Ils s’occupent de nous trouver un parc puis s’en vont, ils ont donc parcouru une centaine de kilomètres simplement pour nous saluer !

Nous ne trouvons pas de bois et préférons dîner au sec dans le bar du village, les patrons nous autorisent à cuisiner dans leur cuisine et à manger nos produits tout en consommant quelques boissons. Les habitués du bar s’intéressent à notre présence mais c’est une vraie épreuve de converser avec l’accent des anciens ! Nous veillons tard à creuser le pourquoi du comment de nos envies et de nos actions. Marlène et moi fermons les yeux sur une même pensée : « dans cette vie-là, je suis parfaitement heureuse ».

 

 

-     Vendredi 20 décembre

 

Le grand soleil du sud est enfin de retour ! Nous croisons beaucoup de troupeaux de cochons ibériques qui effrayent vivement le calme mulet. En passant dans les rues de Villa Del Rey un cavalier nous offre son hospitalité. Il distribue du grain à nos compagnons et nous ouvre sa sellerie où se trouve une cheminée cependant, notre ange gardien Paulo était déjà à notre recherche dans le village et avait prévenu des paysans du coin de notre arrivée ! Nous partageons une bouteille de vin avec lui et notre hôte qui font connaissance. Lorsque les poilus ainsi que nos affaires sont bien installés, Paulo charge Nico et Marlène dans le coffre de sa petite voiture pour nous emmener au bar. Nous y rejoignons les quelques cavaliers qui attendaient notre arrivée ; les verres, les tapas commencent à défiler sur le comptoir. Dans une sorte de mouvement perpétuel, la bière rempli nos verres à mesure que nous les vidons… les 3 français inconnus se fondent ainsi avec aisance dans toutes les conversations.

Nous nous endormirons bien vite sur le sol de la sellerie chauffée par le petit feu de bois.

 

 

-     Samedi 21 décembre

 

Nous avons rendez-vous à 10h au restaurant situé à 2km du village pour le petit-déjeuner. Nous allumons la radio de l’écurie pour seller la troupe en musique et apporter un peu de dynamisme à notre préparation matinale. Miguel et notre hôte José-Mari nous font gouter le plat typique du coin (dont j’ignore le nom…) en toute convivialité. Je prends beaucoup de plaisir à enchainer les phrases avec bien plus de fluidité et à entendre les mots sortir de ma bouche sans passer par le moindre effort cérébral de traduction. Nico fait aussi pas mal de progrès et Marlène n’en parlons pas !

Alors que nous craignons de nous être égarés, nous croisons une voiture qui arrive d’en face… « vite arrête-la pour qu’il nous indique le chemin ! Hé ! C’est Paulo ! »

Il coupe le moteur et sort tout un tas de bonnes choses pour le casse-croûte. Nous déposons tous nos bagages dans sa remorque afin de monter sur nos chevaux en toute légèreté. Nico préfère s’installer au milieu des affaires plutôt que de tenter de suivre nos grandes allures. Paulo et Luis nous escorterons jusqu’à l’arrivée en ouvrant et fermant derrière nous les portes des clôtures. Le chemin nous paraît si facile avec une telle assistance ! Je monte Umaïna et tient Djamila en longe ; les 16 sabots semblent ravis de se défouler au trot puis quelques foulées de galop… peu de temps après, je commence à sentir le pas hésitant de ma jument, je tente encore de la remettre au trot pour me persuader qu’elle n’a rien et que je me fais du souci inutile mais aussitôt Luis remarque la faible boiterie et diagnostique une inflammation du tendon à l’antérieur gauche. Je mets donc pied à terre pour finir l’étape en marchant et me mordre les doigts de cette nouvelle souffrance… je la ménage pourtant du mieux que possible mais il suffit de peu pour provoquer la douleur. J’ai honte d’avoir voulu profiter de ses vives allures alors qu’elle a transporté la charge du bât pendant 20 jours sans repos… Paulo me console avec toute sa tendresse enfuit sous sa carrure d’ours « son como mis hijasi sabes ? Es la unica familia que tengo » néanmoins, un formidable couché de soleil retient mes quelques larmes. Au loin, la végétation d’une colline prend la forme d’une immense muraille naturelle derrière laquelle le ciel s’enflamme et diffuse une lueur chaude d’un rouge intense, de l’autre côté, sur un fond bleu turquoise se distingue des silhouettes de toutes sortes d’animaux dessinés par les arbres qui se dressent à l’horizon. Poules, rhinocéros, bisons et poulains s’y promènent gaiement.

Nous laissons les chevaux à quelques kilomètres de sa maison pour ne pas marcher la nuit et surtout laisser la petite jument se reposer, j’applique de l’argile pour soulager ses tendons avant de lui rendre sa liberté. Dîner convivial dans notre maison d’adoption avec Marlène à la guitare entre deux débats.

 

 

-     Dimanche 22 décembre

 

Sans même avoir le temps de digérer mon petit-déjeuner (typiquement portugais avec des toasts à l’huile d’olive, ail, jambon et fromage !) je me retrouve en pyjama sur son étalon lusitanien de 7 ans. Le cheval est parfaitement réactif, impulsif sans être dangereux, je m’élance au grand galop et le dirige avec précision à travers le Dehesa portugais. A vrai dire, le bel étalon n’a pas le choix, son écoute repose uniquement sur des objets de contraintes douloureux. Une importante cicatrice sur son museau m’oblige à serrer les dents pour ne pas me laisser submerger par mon désarroi. Paulo nous enseigne les bases de la monte portugaise qu’il pratique quotidiennement pour travailler avec les vaches. Il est très conservateur de la tradition malgré la dureté des moyens utilisés mais se montre tout de même d’un esprit très ouvert. Nous discutons dans un parfait respect mutuel du fossé énorme qui se trouve entre nos deux pratiques de l’équitation.

Nous ramenons la caravane à cru, Nico sur son bien-aimé Philibert pour les lâcher dans un grand parc bien vert et recouvert de jolies fleurs jaunes juste à côté de la maison.

Paulo a préparé du baccalao que nous dégustons sur sa terrasse au soleil, la journée est idéale pour rester assis sur une chaise et absorber toutes les vitamines des rayons qui nous font rougir comme en plein printemps. Il faudra malgré tout s’activer pour laver tout notre linge à la main… Paulo avec son fort caractère aime diriger les choses à sa manière… la cuisine de Nico sucrée/salée avec du piment ne lui convient pas, il faut tout manger avec de l’ail et de l’huile d’olive ! Nous rions de sa grande intégrité portugaise.

 

 

-     Lundi 23 décembre

 

Alors que les deux marmottes continuent leurs aventures oniriques, Paulo et moi sommes réveillés par un visiteur attaqué par toute la meute de chien… après une délicieuse orange ramassée sur sa branche, Paulo m’emmène déjeuner dans un bar et vérifier les clôtures des vaches.

Cette journée ne sera pas de tout congé : après le parage des 4 pieds de Djam, il nous faut graisser tous les cuirs, laver les tapis et les sangles. Marlène et Paulo s’en vont demander conseil à un sellier qui ne fait que confirmer nos théories quant aux modifications de la selle de Philou.

Paulo dans son extrême générosité propose d’acheter une nouvelle selle à ma coéquipière ! Marlène préfère adapter le matériel à l’aide de ses mains.

En fin de journée, notre hôte nous apprend qu’il s’en va et ne reviendra que le 25 avec Gwladys. Nous sentons monter en nous une grande déception… quelle tristesse de se sentir ainsi abandonnés pour le réveillon alors que nous avons surmonté la fatigue pour arriver à temps à destination…et de se sentir si loin de tous ceux qu’on aime.

Nous descendons en ville, à Campo Maior dans l’espoir d’y trouver un peu de chaleur humaine. Au fond, nous trois, compagnons de la route on fonde déjà une belle famille !

Dans une petite ruelle pavée entre ces hautes maisons blanches, une famille de gitans préparent des pâtisseries sur la braise au sol en dansant joyeusement. Quelques minutes plus tôt nous rencontrons un portugais qui nous met en garde contre certains quartiers où il ne vaut mieux pas risquer de s’aventurer et d’y croiser les gitans… d’un accord commun, nous empruntons la direction soi-disant « dangereuse » pour nous mêler à leurs danses, leurs rires et leurs cœurs en fête. Nous leur offrons deux bouteilles de vin et ils nous invitent à partager leur festin.

 

Romane

Publié le 18-01-2014