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Infos diverses

Le voyage de Romane, de l’Alsace au Portugal, Lettre n°30

du 26 novembre au 9 décembre

 

-     Mardi 26 novembre

 

Au réveil, le chien est encore là, il nous suit à la botte en battant la queue lorsque Romane et moi allons chercher les chevaux. Difficile de l’ignorer…mais nous tenons à ne lui accorder ni regards ni caresses ; il doit comprendre qu’il n’est pas le bienvenu. Quand nous revenons au camp, le propriétaire du parc vient chercher son bois, il est très avenant et propose de nous en laisser. C’est agréable de commencer la journée avec un contact chaleureux, d’autant plus qu’il fait très beau. Nous retrouvons notre chemin peu avant le lieu de bivouac, il nous amène à traverser deux grosses routes, ce qui est toujours assez stressant, et nous fait prendre de la hauteur. Nous déjeunons confortablement adossés à des pierres en plein soleil avec un panorama splendide. Le chemin redescend ensuite tranquillement dans la plaine, c’est superbe : il n’y a pas trace de civilisation à l’horizon, hormis un muret de pierre ce qui n’est pas très dérangeant. On pourrait se croire plusieurs siècles en arrière. Chaussette (c’est ainsi que Nico le nomme) nous suit toujours, on débat de qui l’adoptera !

Ce soir une ancienne ferme nous accueille heureusement pourvue d’une cheminée ! Nous voici blottis près du feu, lisant sur les couvertures. Lorsque je sors pour la mission pipi, la nuit me surprend de douceur, pas une lueur à l’horizon sinon celle des étoiles. Un grand calme m’envahit.

 

 

-     Mercredi 27 novembre

 

Bien que posée dans le couloir, la poche à eau a gelé ! Dehors tout est blanc et scintillant. Romane et moi descendons chercher les chevaux laissés au bas de la colline sur une friche bien fournie, nous grimpons dessus et Yala ! Nous remontons la pente au galop. Nico a préparé le thé, deux tasses pour nous et le reste dans les thermos pour la journée, c’est une astuce pour ne pas finir déshydratés à cause de l’eau gelée. Deux fermiers arrivent en 4x4 alors que nous finissons d’harnacher, ils sont aimables, simplement curieux de savoir qui sont ces gens qui squattent leur ferme ! Nous repartons par une route qui file droit jusqu’où le regard cesse ; mais cela n’a rien d’ennuyeux : le paysage est grisant. On se croirait au cœur d’une quelconque steppe des Etats-Unis ou du Moyen-Orient certainement pas en Europe ! bien loin devant nous, des sommets enneigés se fondent dans l’atmosphère, nous empruntons ensuite une piste qui nous emmène jusqu’à un tout petit village où rien ne pousse. Commence alors un long jeu de piste pour réunir parc, paille, croquettes et…douche ! Chez la merveilleuse Pilar et ses parents qui en plus d’une très sympathique soirée nous offrent une bonne soupe de légumes, un chocolat chaud et des petits gâteaux. Nous apprenons que nous sommes dans le village le plus haut et le plus froid d’Espagne, avec une température exceptionnellement basse cette année ! Du jamais vu : sous la table du salon, sous une grille sont posées des braises. Les jambes glissées sous la nappe-couverture sont ainsi baignées d’une douce chaleur. C’est une belle invention.

De retour au camp, Chaussette finit le sac de croquettes qui nous a été offert, on ne peut tout de même pas le laisser mourir de faim, ça fait bien trois jours que ce chien n’a pas mangé…

 

 

-     Jeudi 28 novembre

 

Ce matin Nico et moi nous sentons très mal, il s’agit probablement d’une eau infectée. On ne petit déjeune pas, bien qu’un couple étranger nous apporte café, lait chaud et petits gâteaux au campement ! La générosité de ce village ne connaît pas de limites, les flocons du réveil laissent place à un ciel plombé. Saletés de microbes : chaque geste demande un effort considérable, La Canada se fond en une piste cyclable qui nous emmène jusqu’à Avila. C’est une très jolie ville fortifiée. Nous avons l’intention de nous poser une journée à un centre équestre pour la visiter et y faire quelques achats. Chaussette nous quitte aux abords de la ville, Adieu compagnon ! La police l’aura embarqué… L’office de tourisme nous indique un centre à priori non loin de là… nous y arrivons au bout de quelques cinq kilomètres encore ! Il s’agit d’un grand complexe de golf, hôtels, restaurants, gymnases, pêche, poterie, tir à l’arc ou à la carabine et centre d’équitation. Nous y sommes reçus par un très beau jeune homme qui nous fait payer cher les quatre poignées de foin et le peu de grain qu’il veut bien nous accorder : 10€ par cheval ! Il n’est pas pensable de rester une nuit de plus. Mauvaise surprise au débattage : nous avons perdu la tente de Nico en chemin ! Nous dormirons serrés dans la 2 places jusqu’à en retrouver une autre. Le beau radin a tout de même la gentillesse de nous amener en voiture à Avila. Nous y cherchons longtemps un restaurant indiqué par Pilar (notre hôte de la veille) avant de se rabattre sur un charmant lieu au sein des remparts. L’entrée est gastronomique, c’est un délice ! Notre fatigue nous pousse à appeler un taxi pour retourner à Natur Avila.

 

 

-     Vendredi 29 novembre

 

Le palefrenier de ce matin est bien plus généreux, il nous offre foin et grain à volonté, nous pouvons même recharger notre stock ! Les chevaux sont en box pour manger, c’est une épreuve stressante pour eux qui sont habitués à être tout le temps dehors. Le braiement de Philou retentit dans le hangar. Nous retraversons Avila quand un homme nous arrête : « Moi j’ai des chevaux ! Je peux vous aider ! Vous cherchez un endroit pour la nuit ? » Il s’avère que c’est le président de l’association « Les amis des chevaux ». Il appelle illico le maire et la police locale pour nous loger ce soir, un autre homme se joint à la conversation, lui était parti d’Avila avec son étalon il y a plusieurs mois pour chercher du travail en Allemagne. Il est très enthousiasmé par notre projet, ça lui rappelle son aventure… d’autres curieux se joignent encore à nous qui nous proposent un pré pour le jour suivant. Puis la police arrive pour nous escorter jusqu’au lieu où se tiennent les férias (ventes de chevaux). Deux journalistes manipulent une caméra télé en direction des murailles. Nous passons devant en rigolant : « on est filmés ! » mais en effet, ils sont venus pour nous ! Ils nous interviewent, Nico chante avec la guitare, et ils nous demandent de faire une petite parade à cheval. Après la radio, la télé espagnole ! Autour de nous ça discute fort pour savoir où nous allons dormir. C’est un remue-ménage monstre jusqu’à ce qu’ils décident de nous envoyer à l’auberge Sainte Thérèse à une demi-heure de là. Il est alors près de quatre heures Piouf ! Quelle animation ! C’est amusant mais éreintant, nous avons faim et les chevaux ont été chargés tout ce temps. Une fois lâchés dans un petit enclos avec de la paille, nous allons chacun de notre côté chercher tente, chaussures, courses dans Avila. Sans résultat pour la tente : c’est l’hiver et les stocks sont épuisés. Entre-temps Romane est très malade, elle a vomi plusieurs fois sur le trajet et ne peut rien avaler. Deux sœurs nous accueillent chaleureusement à l’auberge où de bons lits nous attendent. Il y a là quatre habitués mais aucune femme, il s’agit d’un centre d’accueil pour les sans-abris.

 

 

-     Samedi 30 novembre

 

Romane a passé une très mauvaise nuit à se lever sans cesse pour vomir… en bas, un groupe d’hommes attend pour le petit-déjeuner. Un bon café au lait sucré, quelques tartines et c’est reparti ! Nous sommes tous un peu patraque et ne mangeons pas beaucoup. Nous quittons Avila de nouveau escortés par la police.

La colline empruntée nous offre une vue plongeante sur toute la cité, plus loin, un étalon seul dans son pré s’excite tellement à notre venue qu’en se cabrant il se coince une patte dans le grillage. Il se débat en vain jusqu’à ce qu’on vienne sectionner le fer qui le tient prisonnier, il est tout sonné ; après un temps il se relève et repart au pas calmé. Nous traversons de jolis paysages sans civilisation sur un chemin de sable, avec les montagnes blanches en fond. Les arbres se font plus hauts, la végétation plus accueillante que dans les dernières régions où tout était piquant. A Casasola, à la tombée du jour donc napée d’une lumière dorée, une image de conte nous apparaît alors que nous faisons boire les chevaux à la fontaine. Une vieille femme pliée en deux le fichu sur la tête, le fagot de bois sous le bras et la canne dans l’autre main tire derrière elle deux ânes blancs imposants. Le seul homme présent sur la place possède des chevaux et nous prête un parc et de la paille pour la nuit. Le maire, une jeune femme dynamique, nous ouvre la salle polyvalente avec chauffage ! Voilà qui est bien, Romane est vraiment très mal…

 

 

-     Dimanche 1er décembre

 

Nous décidons d’un jour de pause pour reprendre des forces, il est mis à profit pour arranger la selle de Philou, recoudre des vêtements et lire !

 

 

-     Lundi 2 décembre

 

Nous partons dans un brouillard givrant, très vite les rares mèches qui dépassent de mon bonnet sont gelées. Nous traversons d’immenses parcs dans cette brume épaisse, souvent sans chemin guidés à la boussole. L’aventure se revêt d’un voile fantastique, des pierres gigantesques peuplent le néant. Ces rochers superposés en équilibre forment des silhouettes étranges. Un troupeau de chevaux nous apparaît mystérieusement, ils paradent avec parmi eux deux poulains puis disparaissent à nouveau tels un songe. La brume se lève en sortant du parc, il fait très vite chaud au point qu’on ôte les pulls ! Le paysage est à nouveau visible, il n’y a plus d’énormes amas rocheux mais d’immenses étendues désertiques. Peu avant Cillan (notre fin d’étape), deux hommes et une femme descendent de voiture sur la petite place du village Chamartin et nous hèlent : « ah ! C’était donc vous ! Nous avons remarqué les crottins sur la route depuis Casasola et pensions retrouver un cheval échappé, vous voulez prendre en café ? Ou une soupe bien chaude ? » Ils sont très avenants et nous acceptons l’invitation bien que nos estomacs torturés se contentent mieux d’une simple tisane. La sympathie est immédiate, Antonio très bavard, nous explique la provenance de la pierre de granit située sur la place et que nous avions déjà vu à Casasola. Ce sont des sculptures celtes qui représentent des taureaux. A 20mn de là, il y a toute une cité celte en ruine qu’il ne faut pas manquer ! C’est un site remarquable dit-il. Nous sommes conviés à rester au moins jusqu’au lendemain, Antonio nous laisse sa maison, un charmant petit logis qu’il est en train de retaper depuis 4 ans déjà. Nous dînons avec lui, Rosa (sa sœur) et Carlos (leur ami) chez ce dernier. On discute longuement d’histoire, de politique. Ce sont des gens instruits et révoltés (pour Antonio), la conversation est animée ! Puis nous nous installons autour de la table aux jambes chauffées (comme chez Pilar !) pour un jeu de l’oie.

Chacun a sa propre idée des règles, c’est amusant ! Antonio nous reconduit chez lui où il nous allume le poêle pour la nuit. Nous nous endormons heureux sur de bons matelas.

 

Marlène

 

 

-     Mardi 3 décembre

 

GRASSE MATINEE à ma très grande surprise (et mon plus grand bonheur) je suis la dernière à me lever, la maladie de ces derniers jours m’a épuisé et même le jour de repos dans la salle polyvalente avec les deux radiateurs orientés dans ma direction n’a pas suffi à me remettre d’aplomb.

Lorsque je rejoins mes compagnons dans la cuisine, Antonio débarque avec du pain frais : « Mis chicos, mis chicas ! Je vais vous préparer un bon petit-déjeuner » et il n’a pas menti : un desayuno real avec œufs à la coque, jambon, fromage, huile d’olive, café… Antonio est très bavard, il faut pas mal de concentration pour suivre le fil de ses propos en espagnol. Nico s’énerve contre lui-même de ne pas suffisamment maitriser la conversation pour animer le débat. Une belle journée de ciel bleu s’annonce, nous décidons de nous rendre à cheval au fameux Castro, vestiges de ville celtique. Antonio prend ses repères à cru sur Pequeno tandis que Carlos enfourche maladroitement la brave Djamila, Marlène sur son mulet et moi sur mon poulain farouche complétons cette folle caravane, Nico se contente de suivre à pied en conseillant nos amis débutants. Séance photo avec le paysan du coin et cavalier au milieu de ses vaches que Hari se fait une joie de rassembler sous mes ordres. José, le paysan hilare, insiste pour récupérer mon chien… il en aura séduit plus d’un le petit loup ! Le temps n’existe plus, tout le monde parle, raconte et se marre sans retenue. José veut passer ses vacances de mai avec nous et sa jument espagnole.

Lorsque Carlos et Antonio désirent retrouver la terre ferme, Marlène grimpe sur son beau Pequeno et nous partons au grand galop à travers la pampa. La cité est très belle et le point de vue ravissant, par-dessus tout, nous sommes ensemble, inspirant l’air frais du mois de décembre. Alors que nous rentrons au village à vive allure laissant Djam et Philou suivre librement, nos montures se laissent submerger par l’euphorie du moment et nous perdons vite le contrôle avec nos pauvres licols plats. Nous comprenons qu’ils se défoulent avec joie mais n’ont aucune mauvaise intention envers nous.

De retour à la maison, Rosa nous attend avec une bonne soupe et José vient nous chercher pour donner du foin aux chevaux. L’une sur les genoux de l’autre à l’avant de sa voiture, nous causons de bon cœur avec ce drôle de personnage qui parle très fort et ne peut s’empêcher de rire pour tout et n’importe quoi. Dans la cuisine d’Antonio, Nico propose que nous écrivions une chanson sur un air de rumba que joue Marlène à la guitare, l’exercice est fastidieux mais tellement amusant. Les idées fusent et tout le monde s’investi dans cette petite création spontanée, même Carlos qui prend la chose avec un peu trop de sérieux. Nos voix finissent par s’accorder (plus ou moins) sur « Aqui Estamos » la chanson d’une famille d’un jour, puis les tables sont repoussées dans les coins, les chaises sont retournées en guise de percussion pour accompagner la musique qui fait danser les femmes.

 

 

-     Mercredi 4 décembre

 

Il faut beaucoup d’espoir pour croire que les espagnols seront au rendez-vous du petit-déjeuner à 7h30… mais c’est comme ça qu’on les aime, et puis au fond on n’est pas si pressé (on n’a pas de train à prendre dirait Gonzalo) Marlène a perdu son téléphone portable mais je ne pense pas que ça l’afflige tant… on s’en passera.

Rosa nous offre de la soupe dans un pot en plastique qu’elle dit vouloir récupérer à notre retour, ce qui implique une promesse de retrouvailles ! Elle nous offre à chacun un bracelet pour que les traces de notre amitié ne s’effacent pas. Pendant la préparation des chevaux, Antonio se lamente : « qu’est-ce que je vais faire sans mes enfants ? » «hasta luego cuidadanos del mundo ! » s’écrit encore Rosa à mesure que nous nous éloignons.

Ils nous ont donné une vieille tente 3 places très lourde et absolument pas pratique que nous allons tester ce soir ; pour concentrer la chaleur nous décidons de tous y dormir avec les chiens. Lorsque je sors au milieu de la nuit, je découvre un ciel éclatant où la voie lactée scintille gracieusement, ces vastes pâturages ne sont pas souillés par les lumières artificielles…

 

 

-     Jeudi 5 décembre

 

Les nuits tombent à -10°C et rien ne résiste au gel, j’ai passé une nuit bien chaude entre mes deux compagnons qui touchaient malheureusement la toile et se sont réveillés avec le sac de couchage givré. Ils ont donc souffert du froid : nous dormirons dans deux tentes séparées dorénavant.

La Canada ressemble comme souvent à une large bande d’herbe entre deux murs en pierres sèches, puis la piste disparaît dans d’immenses parcs et nous nous orientons à la boussole entre de beaux arbres inconnus aux formes aléatoires. Ils ressemblent autant à des épineux qu’à des feuillus et produisent des glands tout à fait comestibles (ils deviennent d’ailleurs notre grignotage quotidien du moment). Nous explorons toute la journée une zone parfaitement sauvage sur des kilomètres à la ronde, il n’y a que les vaches qui troublent ou plutôt complètent le silence de la nature. Au loin, les sommets enneigés ne cessent de nous accompagner.

Aujourd’hui Nico fête ses 31 ans, la vie lui offre cette douce journée ensoleillée et cet environnement enivrant : un cadeau exceptionnel !

Peu avant la nuit nous dénichons une petite bergerie pour nous isoler du gel, les chevaux sont libérés dans le parc, une petite pièce fermée dont le sol est recouvert de foin peut contenir notre tente et un trou dans le toit en guise de cheminée nous permet d’allumer le feu à l’abri. Cette soirée s’annonce bien agréable ! Je vais remplir la poche à eau à la fontaine située à quelques centaines de mètres de là. Seule et aveuglée par l’obscurité, je ne suis pas rassurée par les énormes chiens de troupeau qui se rassemblent en meute autour de moi, je presse le pas et les menace d’un ton ferme.

Une soirée d’anniversaire bien différente des coutumes ; Nico soufflera tout de même une allumette sur son calisson (bonbon à la pâte d’amande)…

 

 

-     Vendredi 6 décembre

 

Le brouillard s’abat sur nous, les arbres et les rochers ne sont que formes obscures dans ce néant ; c’est comme si l’on continuait de dormir et que l’on avançait dans un songe. Une matinée particulièrement irréelle et terriblement froide ! Les crins des chevaux sont nappés de givre, tout comme les poils des chiens. Le manque de visibilité nous fait perdre le sens de l’orientation et nous tournons en rond. Marlène et moi découvrons des talents de danseur aux arbres qui nous entourent, notre imagination leur attribue des positions très aériennes, des pas de danse tout en souplesse…

Un bref coup de téléphone avec Gwladys Lecarpentier donne un nouvel objectif à notre avancée : nous sommes conviés à fêter Noël près de Badajoz. Nous retournons juste avant la tombée de la nuit dans le village où nous avions abreuvé les chevaux en début d’après-midi… c’est ce qu’on appelle tourner en rond. Après bien des négociations, on nous ouvre les portes d’un garage à camions et bus, nous nous installons dans une petite pièce et prions pour que l’eau de la douche chauffe…mais rien n’y fait. Nous nous rendons au bar pour faire cuire nos spaghettis et fêter la Saint Nicolas. Deux anciens au comptoir bavardent convivialement avec nous, l’un d’eux faisait la transhumance avec ses moutons dans sa jeunesse et le second vacher, nous livre qu’il aime son métier et que c’est tout ce qui compte dans la vie : aimer ce qu’on fait. Plus les heures passent, plus le petit bar de fond de campagne se remplit des habitants de tous les âges et nos verres se remplissent également.

 

 

-     Samedi 7 décembre

 

Réveil tardif et douche froide pour bien commencer la journée ; cette fois-ci le soleil est au rendez-vous et nous retrouvons notre chemin. Dans un petit village, un ancien poussant son vélo nous offre du pain. Apparaît ensuite un autre petit vieux sur son âne gris, il dirige sa monture avec un licol de fortune en ficelle de foin et des coups de bâton. Il souhaite nous accompagner un petit bout de chemin avec son bourreau sans nom. L’espagnol du rustre ânier est parfaitement incompréhensible, lorsque nos routes se séparent, papi s’en va le long de l’asphalte et la vision de l’âne dépassé par les voitures crée un anachronisme remarquable.

Nous traversons encore l’infinité sauvage des pâturages bordés de hautes montagnes. Traçant droit en direction du couchant, nous sommes éblouis d’une lumière dorée qui scintille dans les cheveux blonds de Marlène et les crins blancs de Pequeno.

A Puente del Congosto, le maire nous ouvre l’ancienne école et les chevaux sont conviés à tondre la cour de récréation avec un petit supplément d’avoine. Un type très insistant nous colle aux baskets d’une manière très louche, instinctivement je décline son invitation à dîner ; ce que je n’ai jamais fait de tout mon voyage ! Nous parvenons enfin à l’éloigner en nous installant au bar autour d’une table qui ne possède que 3 chaises.

Aujourd’hui, c’était jour de fête traditionnelle au village ; ils tuent un cochon pour préparer un grand festin dont tout le monde profite. Pour nous ce sera apéros tapas avant de retourner à l’école pour cuisiner.

Marlène improvise à la guitare, ce qui me donne le courage de me laver et laver mon linge à l’eau froide.

 

 

-     Dimanche 8 décembre

 

Nous entrons dans les environs de Salamanca, par ici La Canada est balisée comme un GR. Etourdis par le froid matinal, nous loupons une déviation des marques rouges et blanches et perdons beaucoup de temps à les retrouver. Sur plusieurs kilomètres nous longeons une rivière, el Rio Torme. Les berges forment de ravissantes parois rocheuses et le gel fige sur de grands espaces la course de l’eau. La différence de température entre la nuit et les quelques heures où le soleil atteint son zénith est radicale puisque nous marchons en tee-shirt alors que nous fuyons le bivouac sauvage. Nous songeons avec réconfort que le pire est derrière nous ; nous avons quitté la région la plus froide d’Espagne !

L’épaisseur de glace qui recouvre partiellement la vaste rivière est suffisamment solide pour supporter le poids de Hari qui s’éclate à courser les glaçons. Nous ne résistons pas non plus au désir d’y mettre les pieds, en dépit du risque de succomber au bain glacé…

Nous nous approvisionnons en eau dans un petit village avant de parcourir encore un bout de chemin, puis levons le camp peu après le coucher du soleil, là où nous dénichons du bois pour la soirée. Contrairement aux idées reçues vis-à-vis de l’Espagne, sur les chemins de transhumance on ne manque pas d’herbe pour les brouteurs.

 

 

-     Lundi 9 décembre

 

Dès le réveil je rallume le feu pour procéder à une séance de décongélation de nos réserves d’eau. Marlène qui a dormi seule avec les toutous dans la petite tente a souffert du froid toute la nuit, ainsi que Fennec qui n’a pas cessé de trembler. Ce matin il n’est pas aisé de faire usage de nos mains et de nos orteils ! Encore une magnifique journée ensoleillée où La Canada Soriana nous promène dans des lieux magiques. Marlène se met à gambader joyeusement et disparaît dans les bois telle une princesse redevenue sauvage.

Ces derniers jours la selle de Philou nous pose quelques soucis…des frottements sont bien trop prononcés à certains endroits de son dos et les modifications déjà réalisées ne se révèlent pas satisfaisantes. Pour continuer à avancer, nous décidons de transposer provisoirement sa charge sur Umaïna, lorsque nous aurons remédié au problème, notre beau mulet reprendra son travail initial. En attendant, nous nous relayons à trois pour monter Pequeno.

Les environs sont hantés d’immenses rochers dans des positions improbables. A Valdefuentes de Sangusin nous trouvons rapidement un brave monsieur qui nous ouvre une salle polyvalente et nous propose son parc. Il nous ramène un petit radiateur électrique et nous indique les canapés pour passer une nuit confortable. Hari ne décampera pas une minute de son fauteuil tandis que Fennec préfère la chaleur des genoux. Alors que Nico ronfle déjà profondément, Marlène et moi osons l’eau froide…il suffit de ne pas trop réfléchir et de s’impulser sans hésitation… 

Romane
Publié le 13-01-2014